Merci Miséricorde a son itinéraire. Direction : Jérémie ou Port-de-Paix, qu’importe ? Il taille sa route, à grand renfort de klaxon, comme tous les tap-taps qui labourent en tous sens les mornes dénudés d’Haiti, secouant des passagers entassé, rudoyés, chavirés sur leurs banquettes de bois, victimes résignées d’un tagage permanent et d’un roulis rendu imprévisible par les espiègleries de la piste.
Tout à la fois, on somnole, on parle, même quad la musique l’interdit, coindé entre hommes et ballots, les fesses meurtries, les jambes recroquevillées, la bouche asséchée par la poussière qu’aspire la machine. Es espérant que le ciel reste bleu et que la nuée ne vous surprenne pas au bord d’un précipice ou dans une descente rendue incertaine par la surcharge du véhicule. L’orage, tout à l’heure, modèlera la poussière de l’instant en fondrières paralysantes. »
Christophe Wargny « Haïti n’existe de pas, 1804-2004 : deux cents ans de solitude »

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