Réveil 4h45. Ce matin je monte à Dufour. Suite aux plaintes régulières de l’équipe sur la difficulté du trajet et ayant entendu dire qu’une autre voie d’accès avait été améliorée, je pars en exploration. Départ en moto avec notre chauffeur Nazon, la voiture est occupée ailleurs sur le terrain. Après dix minute de trajet, je me dis que la route va être vraiment pénible (route à la régularité approximative assez raide avec mon sac à dos qui me tire en arrière), après 30 minutes j’ai bien envie d’envoyé à la tête de mon informateur une petite portion de la boue dans laquelle nous nous démenons. Le tronçon « correct » de la route est fini depuis plusieurs km, a présent la boue provoquée par les pluies nocturnes du mois d’octobre recouvre les pierres de la route et la transforme en une véritable patinoire, même lorsque je descends de la moto, avec mes chaussures de marche, je glisse… heureusement que la voiture n’était pas disponible, nous ne serions jamais passé ! Bref, après 1h30 de route et quelques frayeurs, nous voici sain et sauf à « carrefour mouton » ou Facto, mon muletier préféré, va venir me chercher.
Depuis Carrefour Mouton la vue est splendide ! il est 7h du matin, un soleil timide à l’horizon baigne les montagnes dans sa lumière douce, des bans de brouillard dansent par monts et par vaud (oups… petit lapsus nostalique)… par mont et par vaux changeant le paysage à chaque instant comme pour me faire découvrir la beauté du panorama détail par détail. De Carrefour Mouton on voit « Les Palmes » une habitation qui dispose d’un centre de santé équipé d’un laboratoire d’analyse. Je vais donc voir la distance qu’il faut faire depuis Dufour pour venir faire une prise de sang.... Il y a beaucoup de monde sur la route, principalement des femmes qui marchent d’un pas rapide, des paniers chargés sur la tête, il doit y avoir jour de marcher aux Palmes. Quelle différence avec la ville ! Ici les gens se saluent en se croisant, s’encouragent, et le fait que je comprenne le créole les surprend autant que les fait rire. Certaines femmes échangent des blagues avec moi sur le « bel ti nèg » (beau garçon) qui m’accompagne : Nazon est fier et ravi de son succès !
Facto est content de me revoir (plaisir partagé), nous quittons Carrefour Mouton en suivant un chemin qui doit être reposant par temps sec, mais qui est aujourd’hui une trainée de boue épaisse au milieu des champs. Je suis une paysanne au pas sûr, nous empruntons un chemin de « boue tassée » créé par les nombreuses personnes se rendant au marcher. Les femmes des mornes se ressemblent toutes, bien qu’elles aient des types de peau et des tailles différentes. Elles sont en générale fines et musclées, elles portent une robe ou une jupe ample qui s’arrête au-dessous du genou et se couvrent toujours la tête d’un foulard. Se sont des femmes au caractère décidé, aimant plaisanter, récoltant les dernières nouvelles du voisinage lors de leurs fréquents déplacements. Sur leurs visages dont l’âge est difficile à deviner, ont lit la fatigue du labeur et des grossesses trop nombreuses et trop rapprochées, le souci de ne savoir si l’on trouvera la nourriture nécessaire à la famille, mais aussi la paix, la confiance qu’inspire la foi. On trouve aussi la fierté d’avoir pu mettre ses enfants à l’école.
Je les admire, les aime, et les redoute. En effet elles représentent le public cible de nos séances d’éducation, et changer leurs habitudes est un défi !
lundi 19 octobre 2009
dimanche 18 octobre 2009
Après le marcher de « Roche Malata » (ou quelque chose comme ça), le paysage se transforme, les montagnes se resserrent pour former un cirque, nous traversons une zone non cultivée qui ressemble à un paysage d’altitude.
Le silence me saisi, une douce tranquillité me pénètre, le calme me porte.
J’aimerais m’asseoir là, écouter le silence.
Faire une pause, laisser le temps courir.
Retrouver le rythme des battements de mon cœur.
Ecouter la vie qui murmure en moi, dans un demi-sommeil.
Ou que j’aille, les montagnes sont les mêmes, elles demeurent presque éternelles. On retrouve en elles ce bien et ce mal qui sans cesse se bagarrent en nous. Elles trônent : terrifiante ou rassurantes, paisibles ou angoissantes, dangereuses ou protectrices, acérées ou douces, glacées ou caniculaires, fertiles ou stériles.
Je lève les yeux vers les montagnes pour me retrouver moi-même. Elles me rappellent ma place, le juste équilibre des choses. Comme elles, il y a des choses qui me dépassent, comme elles certaines choses semblent immuables. Mais il existe peu de montagnes, aussi majestueuses soient-elles, aussi décourageantes soient-elles, que l’homme à force de persévérance n’ait pu escalader, parcourir, franchir. Comme ces montagnes, certains problèmes ne changeront pas de taille ni de place, comme ces montagnes, il me faut apprendre à les parcourir, les apprivoiser, en maîtriser une partie en me protégeant de ses dangers.
Dans ce pâturage, le temps d’un souffle, je me sens chez moi, à l’abri, ressourcée. Que la Suisse me manque !
Nous arrivons à Poirier… ou bien entendu ne poussent aucun poirier. Un de mes animateurs m’avait parlé de cette zone. Les gens y sont très pauvres, l’hygiène est catastrophique. Poirier bénéficie cependant d’un captage d’eau, point de ralliement. Sur notre passage un groupe de femme fait la lessive en discutant. Après le hameau, le chemin reste boueux mais devient également rocheux, je laisse là mes réflexion existentielles pour me concentrer sur le chemin. Nous traversons des champs, Facto m’informe que c’est le moment des plantations d’octobre à savoir la patate douce. Elle prendra 3 à 4 mois pour se développer.
De plus en plus de rochers, un col, Dufour est un vue en contre bas, il me reste une heure de marche. La vue est imprenable. Je suis à plus de mille mètres d’altitude, par moment j’aperçois au loin la mer. Des montagnes à perte de vue, aussi chauves et râpées les unes que les autres, les seuls arbres sont ceux qui entourent les habitations. C’est la saison des pluies, les nuages caressent les crêtes et laissent présager de la pluie pour l’après-midi. Le sentier commence a descendre, de plus en plus escarpé, de plus en plus étroit, à plusieurs endroit il y a à peine la place pour poser un pied. Les pierres roulent, la fatigue se fait sentir. Dans ma tête des pensées surviennent aussi chaotiques que le sentier : mais comment fait ce sentier pour supporter le poids du mulet ? Qu’est-ce qui leur a pris d’enlever même les buissons, plus rien ne retient ce sentier ! Fais gaffes à tes chevilles ! Et dire que les gens prennent ce sentier pieds nus avec bébé ou enfant pour venir au dispensaire ! Décidément cet itinéraire est trop dangereux. J’espère que Jézula a préparé du café ! J’espère que Nazon n’a pas eu de problèmes sur le chemin du retour.
Facto sens que je fatigue, et m’encourage de quelques « kembe co ou ! » (Littéralement : tiens ton corps !).
Nous voilà arrivé, j’ai droit aux sourires et embrassades de maman Simon et au délicieux café de Dufour.
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