Je me suis réveillée juste avant l’aube, vers 4h. Couchée dans mon lit, je regarde la Grande Ours par la fenêtre. La montagne aux formes de douces collines se détache sombre sur le fond du ciel teinté de noir clair. Le miroir de la baie reflète cette clarté naissante. C’est samedi matin, j’entends encore au loin les tambours de « rara » quie ont fêtés toute la nuit. Un ou deux coqs commencent a réveiller leur bassecour. Je tire le drap sur moi, les moustiques eux aussi sont réveillés.
Je ferme les yeux, les rouvrent… la clarté me surprends, je sors sur la galerie pour profiter de ce paysage unique. La Grande Ours a disparue, l’horizon est orange, la lune forme un fin berceau lumineux, couvé par sa rondeur discrète que j’aperçois dans un halot. Les coqs plus nombreux sont maintenant rejoints par les chiens puis par quelques bêlements de cabris dans un joyeux tintamarre matinal, les tambours, eux, se sont tus. Le profil d’une pirogue de pêche traverse la baie pour rejoindre le large.
Les couleurs palissent, la montagne qui ferment la baie est couleur « vert saison des pluies », ma préférée pour habiller les mornes d’Haiti, l’horizon brumeux rend les couleurs pastelles.
Les chiens se sont tus, seuls quelques coqs retardataires donnent encore de la voix. J’entends les camions sur la route de la côte. Sur la barrière de la galerie, les fourmis commencent leur laborieuse journée.
La lune a perdu son halot, elle n’est plus qu’un sourire sur fond bleu, je lui rend son sourire et retourne me coucher.
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