Haïtien, haïtienne, timoun, granmoun, jeunes coq ou vieillards édentés, j’ai besoin de nos échanges, de vos blagues et peut-être même de vos incessantes plaintes et demandes, votre insatisfaction pour toujours inassouvie pour retrouver le sens de ma mission, la motivation à mon travail.
C’est lors d’une visite de supervision dans le centre de santé de Meyer (qui vient d’être construit par le Ministère de la Santé Publique et de la Popultion mais qui est supervisé en collaboration avec Médecins du Monde Suisse) que j’ai fait la connaissance de celle que j’appelle « mère courage ». Le mercredi à Meyer, c’est le jour de PTA (programme de Prise en charge Thérapeutique Ambulatoire des enfants atteints de malnutrition sévère) plusieurs mamans attendent la prise des mesures de leur enfant puis la consultation. Je fais un tour d’horizon, pour voir l’état général des enfants. Mon attention est retenue par un enfant qui semble à la fois étrangement grand et pourtant tout petit… il a 8 mois et pèse 3kg400, son poids de naissance… il a la diarrhée. Je commence alors une discussion avec les mères sur l’allaitement maternel (auquel est associé tellement de mauvaises croyances qu’il en découle de très mauvaises pratiques) puis parle de la réhydratation et du traitement de la diarrhée, une jeune mère prend alors la parole pour expliquer comment préparer le sérum de réhydratation.
Après cette petite causerie, je m’approche d’elle pour la féliciter de ses connaissances et lui demander ou elle a appris cela. Son enfant à 2 ans, lorsqu’il avait 8 mois, il avait déjà un problème de nutrition, elle a participer à un programme nutritionnel ou elle a appris les règles d’hygiène, les soins de bases pour les maladies courantes et comment préparer des repas équilibrés. Je suis alors surprise qu’elle vienne à nouveau pour le programme de nutrition. Elle m'explique qu'à 2 ans son enfant ne se tient pas assis seul, ne mange pas seul ne parle pas, ne se déplace pas et à de la peine à manger même lorsqu’on le nourrit. Un petit garçon tout sourire me tend les bras, je le prends dans les miens, il est câlin, sa mère sourit à son tour. Sa peau est propre, ses habits sont propres, il sent bon, après un déplacement à pied de plus de 2h dans les bras de sa maman, il est dans un parfait état d’hygiène. La mère veut se dépêcher, elle a un nourrisson à la maison avec qui elle fait l’allaitement maternel exclusif.
Je ne peux qu’admirer cette jeune mère, cette mère courage, elle n’a pas plus de ressources que les autres, ni un meilleur niveau socio-économique mais elle a un enfant avec un retard psycho-moteur important, et elle en prend soin et lui donne de l’affection comme je l’avais rarement vu précédemment. Elle bénéficie de nos programmes, elle a retenu la formation apprise précédemment donnée par d’autre ONG, elle applique chaque jour ce qu’elle apprend pour que ses deux enfants restent en bonne santé. Alors pour la force que m’a donné le câlin de cet enfant, pour l’espoir de changement que ça a fait naître en moi, je suis retournée dans mon bureau, j’ai repris mes planifications, mes projets, mes budgets, mes rapports, mes prises de tête, et si je me décourage, je pense à cette famille.

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