mardi 13 avril 2010

Ayiti cheri, m ale wi? kèmbe fèm.



"Il arrive toujours ce moment.
Le moment de partir.
On peut bien traîner encore un peu
à faire des adieux inutiles et à ramasser
des choses qu'on jettera en chemin.
Le moment nous regarde
et on sait qu'il ne reculera pas."

Dany Laferrière, L'énigme du retour.



Haïti, univers magique, magnifique, mystérieux. Ambivalence de langueur et de violence. Violence de cette bataille pour survivre, langueur de cette fatigue qui en découle. Tu es mon île au trésor, je connais tes richesses. Tu es inscrite dans mon cœur à jamais, tu ne garderas pas trace de mon passage. Ton créole restera la langue qui me caresse le mieux, tes rythmes de compas sont inscrit dans mon ventre. Merci pour tout ce que tu m'as donné.

Quelques réflexions pour la suite

Voici quelques réflexions, interpellations qui ont nourri et nourrissent encore mes réflexion sur Haiti. Extraites de "Haiti n'existe pas, 1804-2004: deux cents ans de solitude" de Christophe Wargny aux éditions "Autrement".


... "Haïti" en français, la langue des maîtres. "Ayiti" en créole, le parler des esclaves. "La terre des grandes pentes". Ainsi se nomme la première république nègre indépendante de l'histoire du l'humanité. De son indianité originelle ne restera qu'un mot.
Première république noire. Première révolte d'esclaves qui ait abouti. Première à bafouer la toute-puissance blanche et européenne. Première blessure et première cicatrice infligées à l'Europe dominante. Première irruption du tiers-monde quand le mot lui-même n'existe pas. Au prix du sang. Au prix d'une rupture totale. De conséquences que nul n'a pu anticiper. Le siècle des Lumières a éclairé les révolutions américaine et française. Quelle boussole, dans l'état culturel et matériel d'Haïti, va guider les nouveaux maîtres et leur nouveau peuple?...

... "Haiti est une terre sinistrée. Habitée par des agonisants. A qui les médecins proposent l'abstinence ou la saignée. Et les magistrats l'enfermement. Des remèdes déjà en vogue au temps des premiers pas de la colonie. Se posent-ils parfois la question, les anciens et les nouveaux colonisateurs, les maîtres chanteurs, vrais et faux amis d'Haiti, de la note de frais à envoyer tout bonnement à ceux qui ont agressé le pays, qui l'ont fait ce qu'il est? A s'adresser à eux-mêmes: propriétaires, proconsuls, occupants, corrupteurs, racketteurs, usuriers, preneurs d'otages, assiégeants ou incendiaires. Saigneurs de tout poil. Qui font juste assez pour maintenir le malade en vie, mais rien pour faire crever l'accès"...


..."Se répète, depuis vingt ans d'interventions diplomatiques ou militaires, la même erreur tragique de la communauté internationale. Connectée aux élites intellectuelle, économique et politique, elle croit ou veut y discerner les représentants de la nation haïtienne. Comme cela se concevrait aisément ailleurs. En Haïti, c'est faux depuis les origines, l'indépendance de 1804. Croyant traiter avec les représentants de la nation, elle soutient au pire des bonimenteurs ou des faussaires, au mieux une fraction qui paraît ressembler à l'Occident. Une aristocratie qui nie le tiers état. Une nation qui se substitue à l'autre.


... "Ceux qui dominent le monde s'attachent à nous faire croire qu'il n'y a pas de choix, sinon le leur. Ils ont un modèle économique, un lycée français pour former les élites, une ambassade américaine qui dit le bien, une nonciature qui appelle à la concorde. Ils souhaitent des apparences qui ne contre disent pas l'image qu'ils tiennent à donner d'eux-même. Voilà deux siècles qu'ils aident Haïti à échoué.
L'histoire, dans un pays singulier, n'est pourtant pas écrite d'avances. Jousqu'ou la patience? le succès des théologies de la résignation? Les citoyens mutilés qui n'ont que des devoirs envers l'Etat qui n'en a pas? Est-il encore possible de fonder une nation sur le territoire libéré par Toussaint-Louverture? De donner une existence à un peuple transplanté, qui ne cumulerait pas seulement , de l'Afrique et de l'Amérique, les inconvénients? Qui assumerait pas seul les conséquences de l'incommensurable enrichissement des deux rives de l'Atlantique Nord?"...
Petit Goave, 20% des bâtiments à terre. Combien réparables, combien à détruire?
Le quartier populaire de Petite Guinée est le plus touché, les gens se réfugient dans les montagnes.







L'hôpital détruit, l'équipe de médecins cubains et les résidents haïtiens tentent de donner les meilleurs soins possible dehors, à même le sol, sans anesthésique, avec du matériel qui très vite est en rupture de stock. On court après le fil de suture, les antibiotiques et les anti-douleurs. Les patients gravement atteint sont transféré plus loin, à Miragoane ou aux Cayes (2-3h de route).




Mes occupations durant le mois ou je suis restée sur le terrain:
M'occuper de mon équipe haïtienne en état de choc.
Soutenir l'hôpital avec nos quelques stocks de médicaments et matériel.
Faire une première évaluation de la situation, informer le siège de MDM en Suisse.
Orienter et renseigner les acteurs des ONG urgentistes sur les besoins en ville et dans les mornes.
Rouvrir le plus vite possible toutes les structures de soins Médecins du Monde pour améliorer l'accès aux soins pour les populations éloignées.
Préparer la transition avec les nouveaux collègues.
Les habitants des mornes ont également perdu leur logement. Bien que les structures de toles et de bois aient résister, les maisons en pierres se sont également effondrée. Les habits, la vaisselle, le mobilier souvent déjà précaire est détruit. En altitude les gens sont exposé à la pluie, au brouillard, au froid. Ceux qui ont conservé leur maison hébergent leur famille qui fuie Port au Prince, on compte jusqu'à 15 personnes dans des habitations ou vivaient entre 2 et 4 personnes. Maison souvent composée de 2 pièces.



Les personnes qui n'ont plus de maison sont rassemblés par des leaders des communautés, pasteur, notable qui essaie de trouver de l'aide pour tous. Les femmes et les enfants restent sous ses abris de toile la journée pendant que les hommes essaient de continuer le travail agricole afin de trouver le minimum vital.



L'église de Laporte. Elle faisait effet d'école et nous y avions un programme de santé scolaire. Comme la plus part des établissement des montagnes dans lesquels nous travaillions, elle est complètement détruite.

le 10 février, après 7h de marche sur des sentiers en partie effondrés, nous arrivons à Dufour. Le dispensaire est à détruire et reconstruire.



Le sommet de la montagne est situé quelques 400 mètres plus haut que le dispensaire, un éboulement a eu lieu, le rocher sur la droite de l'image s'est détaché et a dévalé la montagne durant le tremblement de terre pour s'arrêter à 30 mètres du dispensaire. Dans les montagnes beaucoup de personnes sont portées disparues suite aux éboulements provoqués par le séisme.



Un hélicoptère amène deux tentes pour rouvrir le dispensaire ainsi que des médicaments.



Mes adieux à Dufour et à ses habitants venus voir hélicoptère.

Souvenir du 12 janvier 2010

La terre a tremblée, notre monde s’est effondré, nos vies ont basculées.
Cette frayeur intense qui nous a jeter à l’extérieur de la maison en un centième, cette peur de la mort, la sienne a laquelle on a échapé, celle des autres aux quels ont pense immédiatement.
Des secondes interminables, une certittude innée tombe en ruine : la terre, référence de stabilité, de solidité, d’inertie, gronde et tremble, comme en colère. J’aimerais pouvoir m’envoler, m’appuyer sur l’air, retrouver mon équilibre plutôt que de perdre pied et d’être là à quatres pattes au milieu de la cour. Peur que ça devienne plus fort, peur la terre s’ouvre sous moi, mqis quand cela va-t-il s’arrêter ?
La terre se calme, la terreur a transformé le visage des mes collègues haitiens, quel visage ai-je moi qui sais que ce n’est pas fini, qu’il y aura des répliques, que si la secousse est allée jusqu’à Port au Prince il y a des miliers de morts ? Et si la prochaine secousse était plus forte ?



Les cris et les prières brisent de toute par le silence de stupéfaction qui a suivi le séisme. Je cours vers un tas de ruine, personne n’est à l’intérieur. Les marchandes ont embarqué leurs légumes en 30 secondes, ells filent pour rentrer à la maison, le regard terrorisé, la bouche remplie de prière, le corps droit, leur panier sur la tête, leurs pieds nus. Mes pensées se bousculent : mes collègues à Petit Goave, mon Dieu ça doit être l’horreur à Port au Prince ! Seigneur ! Elise, Céline, Olivier, Chiara ! quelle heure est-il ? ou sont-ils supposés être ? Et Marie-Lourdes au chevet de son père malade… c’est sur, l’hôpital doit être détruit.
On se rassemble au milieu d’un champ, les femmes à genoux prient, les enfants pleurent. Je dis a mes collègue ses qui se passe, que ça va recommencer, plus ou moins fort, qui sait ? Nous nous jettons sur les téléphones… pas de service. Le cœur de tout le monde se sert dans le soucis des êtres aimés. Le mien se sers de ne pouvoir avertir les miens que je suis vivante.




Vivante, mes proches en sécurité dans un autre pays, loin, très loin, à 7000 km. A cette seconde m’envahi une culpabilité qui me collera à la peau plusieurs jours. Coupable d’être en vie, saine et sauve, coupable de n’avoir personne « à perdre », coupable d’être là impuissante, bloquée dans la montagne alors que je pressents déjà l’horreur des villes et le travail que je devrais y faire.
Un grondement sourd, les cris et prières redoublent, tout le monde comprend que ce que l’on nommera désormais « il » ou « ça » revient. Je respire : secousse plus faible, plus courte. Nous nous installons dans le champs pour la nuit. Le temps passe. Après avoir remis à Dieu tous les gens présents dans mon cœur et ma tête, le sommeil me gagne, je m’endors bercée par la présence des corps qui m’entourent, les cantiques qui s’élèvent sans fin, et même bercée parce cette terre qui n’en finira plus de me bercer chaque nuit durant le mois qui suivra.


lundi 12 avril 2010

11 janvier 2010 : journée improvisée

Mais que se passe-t-il ? D’habitude le mois de janvier est en saison sèche, cela fait deux semaines maintenant qu’il pleut régulièrement. Les chemins sont transformés en patinoire boueuse, impossible d’emprunter certains chemins pédestres, même les mulets font des galipettes. Notre programme tourne au ralentis. Ce qui n’est pas le cas de mon esprit qui se lance dans une gymnastique cérébrale afin de trouver la meilleure place possible à chaque pièce du puzzle et rendre possible l’accès à nos services.

Lundi matin 5h30. J’avais prévu de partir à Dufour une dernière fois avant la fin de mon contrat, mais il a plut toute la nuit : mission impossible. Je me recouche ½ heure. Marie-Lourdes me prévient qu’elle ne peut pas venir travailler, puisque Dufour tombe, j’irai la remplacer à Meyer et Baudin pour la supervision des dispensaires. On charge le véhicule sous une pluie glacée à 8h15. 9h15 une moto nous arrête sur la route, la pluie à provoqué un éboulement sur la route, nous ne pouvons pas passer. Nous faisons demi tour et passons par La Vallée de Jacmel, un détour de 2h. Les averses sont vraiment locales, sur la cote sud et les mornes environnantes, un grand soleil brille, la poussière qui s’élève de la piste et recouvre les végétaux alentour témoigne qu’ici il n’a pas plut depuis quelques jours.Nous arrivons dans le beau village de La Vallée, qui bien sur se situe… au sommet d’une montagne (je ne cherche plus à comprendre).

Nous arrivons à Baudin en plein jour de marché. C’est incroyable comme ces villages ou l’on ne croise d’ordinaire personne peuvent se remplir d’une foule dense durant ces quelques heures. Je fais le plein de délicieuses mandarines (3 douzaines pour 1.20CHF). Un petit saut au dispensaire de Baudin pour le ravitaillement en bonbonne de gaz pour le frigo à vaccin et nous arrivons à Meyer à 14h. J’avais dit que c’était mon tour de cuisiner, au menu pomme de terre et igname, comme légume des kalalous et liane panier avec des morceaux de fromage à raclette ramené de mes vacances en Suisse.

A 15h la pluie se met à « fariner » (une de mes expressions créoles favorites !) et à 16h c’est une bonne averse qui nous bloque à la maison. Je me douche en vitesse avec un sceau d’eau froide sous la pluie avant la tombée de la nuit puis enfile un pull, mon gilet polaire et des chaussettes, il fait vraiment frais. 17h30, il fait nuit je fais du thé pour réchauffer tout le monde, on joue aux cartes, un jeu qui s’appelle « casino ». 19h je me glisse jusqu’au coup dans mon sac de couchage et n’envie pas du tout ma collègue qui n’a pris qu’un drap pour se couvrir. 2h du matin : je maudit les souris qui se baladent au dessus de ma tête en piaillant.

lundi 15 mars 2010

10 janvier 2010, Mes « J’aime / J’aime pas » de retour en Haiti après 10 jours en Suisse

J’AIME
Manger enfin les tomates de mon jardin
Déjeuner le 10 janvier les pieds dans le sable face à la mer
Retrouver la chaleur, les odeurs, le bruits permanents… me sentir chez moi

J’AIME PAS
Les douches froides et le papiers de toilette trop fin.
Les déchets qui trainent partout et qui me sautent aux yeux (m’y étais-je habituée)
L’humidité de 2 jours de pluie qui fait s’écailler la peinture de ma chambre

Décembre, mois riche en nouveauté.



C’est la première fois que quelqu’un vient me voir en Haiti. Tania, amie de longue date, infirmière, montagnarde, vient rendre visite durant un peu plus que 2 semaines.

Première St-Nicolas. Je fais des « Gritibenz » et du chocolat chaud aux épices (cannelle haitienne, vanille malgache, piment et gingembre frais). Tout le monde apprécie, mais autour de la table les haitiens ne sont pas bavards,. Les mandarines locales sont un enchantement, même si elles sont pleines de pépins, elles sont juteuses, sucrées et énormes !

Premières vraies vacances dans le pays pour moi. Je profite d’enmener Tania sur l’Ile à Vache.

L’hôtel est désert, le sable toujours aussi blanc, et l’eau de la Caraibe n’a rien perdue de son turquoise, de grosses vagues (décembre oblige) viennent nous donner l’occasion de jouer avec elles. Seul point négatif : les « pigay » petites mouches microscopiques qui vous piquent par dizaine à la tombée de la nuit et qui démangent mille fois plus que les moutisques. Dans ce cadre féérique, je me repose, me ressource, et dans la salle à manger (climatisée) je peux même mettre un pull pour le souper, en admirant les décorations de Noel…




Premier voyage au Cap Haitien. Ville à l’ambiance particulière (finalement, chaque ville que j’ai visité en Haiti à sa personnalité), accueillante, on se sent en sécurité.


Ici nous sommes au bord de l’Atlantique, et il y a comme un soupçon de dynamisme dans l’air. Nous rencontrons Max Laroche (natif natal) qui nous emène faire un tour en bateau à Labadie. Cette plage est incroyable, non par la beauté du lieu, mais par son aménagement avec des jeux flottants, des restaurants, … elle est destinée aux touristes de croisières dans les Caraïbes et est interdites aux persones vivant en Haiti. La plus part des gens qui y débarquent ne savent pas qu’ils se trouvent en Haiti, pour ne pas les effrayer, les promoteurs touristiques leurs disent que Labadie est en République Dominicaine. Beau travail pour entretenir la stigmatisation de ce pays !


La visite de la Citadelle Laferrière a incontestablement été l’un des moments fort de ce voyage dans le nord. Rare vestige de l’histoire haitienne, on y accède après 2h30 de marche depuis le charmant village de Milot. Elle fut construite en 1805 par le Roi Christophe pour protégé le nord du pays fraichement libéré d’une éventuelle attaque des français. Sa construction a duré une quinzaine d’année et à utilisé 20000 « hommes fraichement libérés mais mis aux travaux forcés », on dit que 5000 y ont trouvé la mort. Je n’ai jamais vu un édifice fortifié aussi grand, aussi majestueux, aussi diversifié dans sa forme, son architecture. La citadelle contenait 365 canons (dont il reste encore une bonne partie) et jamais elle n’a été attaquée, ce qui veut dire que les réserves de centaines de boulets sont intactes !!! Elle a résisté à plusieurs tremblement de terre.



Au pied de la citadelle, à Milot se trouve les ruines du Palais Sans Soucis qui devait être magnifique mais qui lui a été détruit lors du tremblement de terre de 1842.

Mes "J'aime" du Cap Haitien (il n'y a pas eu de "j'aime pas")

La Citadelle : époustouflante



L’architecture du centre ville

Prendre le « taptap » pour la première fois

La ballade en bateau à Labadie



Les vraies forêts qui recouvrent encore les montagnes environnantes



Les soirées coktails avec Tania

Une tempête de décembre sur l’Atlantique